La méthode lyonnaise de traitement non chirurgical des déformations vertébrales va évoluer durant 200 ans au fur et à mesure de la découverte du système postural extrapyramidal et de l’amélioration biomécanique de la correction de la déviation. Pour faciliter la formation des kinésithérapeutes, les 12 exercices de base résultant d’un consensus au sein des grands centres francophones de traitement de la scoliose vont servir de base à l’enseignement dans les écoles de kinésithérapie. Ils sont d’autant plus utiles que le traitement devient de plus en plus ambulatoire à proximité des patients.
Pour simplifier la méthode lyonnaise, nous avions décrit 12 exercices de base pour les scolioses de l’adolescent intégrant tous les concepts dont nous venons de décrire l’histoire.
Ces exercices vont être décrits en détail. Le kinésithérapeute devra suivre plusieurs progressions pour une meilleure reprogrammation posturale en position corrigée:
-De la position couchée à la position debout en passant par la quadrupédie et la position assise.
-Du passif à l’actif.
-Du statique au dynamique.
-De l’apprentissage de l’équilibre isostatique dans le plan sagittal à la correction frontale.
-Du proprioceptif à l’équilibre.
L’objectif final étant la stabilisation axiale en position corrigée dans tous les actes de la vie quotidienne.
Le nombre de 12 exercices n’est pas lié au hasard et une introduction mathématique constitue un premier degré d’approche. 12 était très utilisé au moyen age, car il permettait de compter facilement en désignant par le pouce les phalanges des 4 autres doigts. Il résulte également de la division de l’année terrestre par les 12 lunaisons.
12 est un chiffre symbolique, car c’est l’un des deux nombres sublimes. Un nombre sublime est un entier naturel dont le nombre des diviseurs et la somme des diviseurs sont tous deux des nombres parfaits
- ses diviseurs (1, 2, 3, 4, 6 et 12) sont au nombre de 6, qui est parfait ;
- leur somme, 28, est également un nombre parfait.
Un nombre parfait est un entier naturel égal à la moitié de la somme de ses diviseurs. C’est cette perfection mathématique qui facilite l’adaptation des exercices à chaque patient.
La première approche est anatomique. Chaque exercice s’adresse à une structure particulière de notre organisme qui va être utilisée pour corriger la déviation.
Le premier exercice est la prise de conscience de la déformation met en jeu le système des neurones miroirs. Ils sont la base de l’apprentissage par imitation. Il s’agit également du premier contact entre le patient et son kinésithérapeute et ces neurones jouent un rôle dans l’empathie.
Le second exercice est un étirement des fascias postérieurs du rachis qui constituent une véritable architecture structurelle fondamentale et qui sont asymétrisés dans la scoliose. Ils croisent au niveau de la jonction thoraco-lombaire est sont sans doute à l’origine des scolioses thoraco-lombaires.
Le troisième exercice met en jeu les ligaments dans le plan de fonction sagittale. Leur tension est modifiée dans la scoliose, ce qui perturbe leur fonction proprioceptive.
Le quatrième exercice concerne les articulations costo-vertébrales qui jouent un rôle fondamental dans la respiration. Leur fonctionnement est perturbé dans la scoliose. Une bonne mobilité est indispensable au métabolisme aérobique.
Le cinquième exercice concerne la charnière lombo-pelvienne essentiellement en cas de tilit de L4. L’anomalie structurale de la charnière lombo-sacré est un préalable indispensable à la correction de la scoliose.
Le sixième exercice concerne la ceinture scapulaire et les éléments osseux sus jacents à la déviation vertébrale. Les déséquilibres des épaules sont fréquents dans la scoliose et corrigés de telle sorte que la ceinture scapulaire constitue la base non déformable de l’hyperboloïde thoracique.
Le septième exercice concerne la région lombaire. La correction spécifique tient compte de l’orientation sagittale des facettes postérieures
Le huitième exercice concerne la région thoracique . L’action sur la déviation vertébrale s’effectue par l’intermédiaire de l’hyperboloïde thoracique
Le neuvième exercice est le plus caractéristique de la méthode lyonnaise. Il concerne l’ensemble du corps aligné verticalement le long de la ligne de gravité
Le dixième exercice dit de la fusée réalise une auto-élévation de la ceinture scapulaire
De 90° à 150° : Le faisceau supérieur du trapèze se contracte pour se raccourcir par contraction concentrique
en élevant l’omoplate et l’entraînant en sonnette externe, alors que le faisceau moyen du trapèze s’allonge en contraction excentrique, Le grand dentelé, abducteur de l’omoplate, travaille en contraction concentrique.
Le deltoïde antérieur, le long biceps et le coraco‐brachial poursuivent leur contraction concentrique.
Entre 150° et 180° : ce sont les muscles dorsaux qui entrent en action, comme le grand dorsal qui fait l’extension de
la colonne dorso‐lombaire, mais aussi le trapèze qui fait l’extension de la colonne cervico‐dorsale
Le onzième exercice concerne l’ensemble de la colonne vertébrale, des membres inférieurs et des membres supérieurs mais en mode dynamique sur instabilité podale,
Le douzième exercice concerne le renforcement de la musculature paravertébrale. Les muscles du core sont les muscles adominaux, le plancher pelvien, le diaphragme et les extenseurs du rachis.
Chaque structure anatomique est sollicitée de manière fonctionnelle.
Les neurones miroirs vont être activiés par la vision de nos propres défauts. L’idéal est que le kinésithérapeute mime la correction souhaitée. Il peut également compléter par une correction manuelle externe permettant au patient de voir la correction induite.
Le système autonome gérant la vasodilatation est stimulé par l’étirement des fascias. C’est l’équivalent de l’échauffement avant la pratique d’un sport.
Les mobilisations passives des structures ligamentaires médianes stimulent les récepteurs proprioceptifs cutanés de la ligne des épineuses. En cas de port d’un corset lyonnais, ces récepteurs sont moins stimulés du fait de la barre postérieure.
Les liens entre le rachis et la respiration sont très étroits. Le diaphragme fait partie de la deep front line. En inspiration les courbures sagittales sont diminuées, elles sont augmentées en expiration. C’est l’une des raisons pour laquelle la méthode lyonnaise insiste sur l’expiration.
L’ouverture de l’angle ilio-lombaire permet l’horizontalisation de L4 et la suppression du départ oblique
La mobilisation active de la ceinture scapulaire est indispensable à la dissociation des ceintures à la base de la marche et de la course.
Au niveau du rachis lombaire la correction 3D s’effectue dans le plan sagittal en lordose physiologique et en translation ou shift dans le plan frontal. La dérotation dans le plan horizontal est automatique par l’intermédiaire des mouvements couplés.
Au niveau du rachis thoracique la correction 3D s’effectue dans le plan sagittal en cyphose physiologique et en flexion ou bending dans le plan frontal. La dérotation dans le plan horizontal est automatique par l’intermédiaire des mouvements couplés.
Le grand porter est un exercice global. Le petit sac de sable sur la tête stimule l’équilibre et introduit une légère résistance à l’action musculaire. Comme dans l’exercice n° 1, le miroir permet le contrôle de la position corrigée en dynamique.
Les récepteurs proprioceptifs sont sensibles à l’étirement et sollicités par l’exercice de la fusée. L’objectif est de maintenir la correction dans le plan frontal en situation de léger déséquilibre par instabilité pelvienne en position assise.
En position debout, l’équilibre sera stimulé par une instabilité au niveau du pied. L’exercice peut être réalisé en chaine cinétique fermée par stabilisation manuelle des membres supérieurs ou en chaîne cinétique ouverte à la maison.
La déviation vertébrale nécessite un renforcement global de la musculature pyramidale et extrapyramidale.
La scoliose idiopathique est fréquemment associée à un retard de maturation du système postural (NOTOM), Le troisième filtre neurophysiologique ett caractéristique de la méthode lyonnaise visant à stimuler le système postural.
Le miroir est très utilisé dans la rééducation de la scoliose, comme il est indispensable dans la pratique de la danse. Il est possible de voir son dos tout en gardant le regard horizontal. Il facilite la perception spatiale. L’inversion de la latéralité peut être stimulante dans un contexte de scoliose. Cet exercice sollicite le tractus tecto-spinal du système extra-pyramidal postural.
L’étirement permet l’élimination des toxines et de l’acide lactique accumulé par l’inaction. Il s’agit d’un réveil musculaire indispensable à la poursuite des exercices.
La stimulation proprioceptive cutanée sollicite les corpuscules de Ruffini et de Pacini très nombreux sur la ligne médiane.
Le couplage vertébro-pulmaire est fondamental lorsque l’enfant apprend à nager, puis lors de la pratique d’un sport. La mobilité de chaque segment est indispensable à la tensegrity vertébrale, notamment au niveau de l’apex de la scoliose.
Le réalignement du rachis lombo-pelvien avec tension symétrique des ligaments ilio-lombaires ne dépend pas du cartilage de croissance et peut être réalisé à tout âge en utilisant l’ouverture de l’angle ilio-lombaire et le plateau iliaque du corset.
Le déséquilibre de la ceinture scapulaire est souvent un mécanisme de compensation de la scoliose. Le principe de la méthode lyonnaise contrairement au Schroth est de maintenir les récepteurs des ceintures, du rachis cervical et la tête dans l’axe vertébral. C’est à dire les canux semi-circulaires et le regard dans un plan horizontal. La correction de la scoliose s’effectue donc sous la ceinture scapulaire par le corset.
Une fois les ceintures stabilisées, ce sont donc les récepteurs musculaires de part et d’autre de l’axe vertébral qui vont être sollicités d’autant plus que la correction de la courbure va être importante.
Les 4 derniers exercices vont solliciter spécifiquement les 4 tractus du système extra-pyramidal.
Il existe parallèlement une progression cognitive. Le premier exercice met en jeu la gnosie visuelle, auditive et digitale. Le kinésithérapeute doit parler et toucher le patient en le corrigeant. Les exercices 2 à 5 stimulent les récepteurs de la perception cutanée. les mécanismes perceptifs sont un ensemble d’opérations réalisées par le cerveau sur les signaux que nos récepteurs sensoriels captent dans l’environnement. Les informations constituées par ces signaux biologiques vont être utilisées de manière plus ou moins automatique dans la régulation des comportements moteurs (locomotion par exemple)
Les exercices 6 à 11 stimulent les praxies, c’est à dire l’ensemble des fonctions de coordination et d’adaptation des mouvements volontaires de base dans le but de corriger la scoliose successivement en analytique région par région puis en global avec maintien de la position corrigée en situation de déséquilibre. Le douzième exercice renforce la praxie correctrice de la déviation dans toutes les situations de la vie quotidienne.
La méthode lyonnaise est la seule à associer un corset spécigfique et complémentaire à la physiothérapie. Les 12 exercices font appel aux mêmes principes biomécaniques de correction de la déviation scoliostique.
Comme la réalité virtuelle peut améliorer les performances sportives, cette première phase de la physiothérapie permet au cerveau d’intégrer la position corrigeée. La correction s’effectuera selon les principes de la détorsion globale.
De nombreuses méthodes ont recours au stretching. Les bienfaits en sont multiples avec augmenteation de la mobilité articulaire, amélioration de l’état des muscles, des tendons, des ligaments et du tissu conjonctif.
Il Permet un meilleur tonus postural et agit contre les douleurs de dos chroniques. Il Prévient les foulures, entorses et déchirures musculaires . Le stretching est anti-stress. Il améliore la coordination gestuelle.
La scoliose s’accompagne d’une rigidité apicale avec mini blocages et d’une hypermobilité aux extrémités de la courbure La symétrisation des tensions est donc nécessaire pour obtenir la tenségrity maximale, un peu comme l’huile dans les rouages vertébraux.
Toute construction nécessite une base horizontale stable. Corriger la scoliose en conservant le départ oblique va déséquilibrer l’axe occipital sur la ligne de gravité.
La particulatité de la méthode lyonnaise est la détorsion mécanique régionale lombaire par mouvements couplés dans le plan sagittal et dans le plan frontal. Contrairement au corset de Chêneau, il n’existe pas d’expansion dans la concavité. De heurtant au mur de la concavité, la suele possibilité pour les tissus mous est de s’orienter vers le haut. C’est l’effet push-up.
Au niveau thoracique le bending s’effectue tout en maintenant la ceinture scapulaire horizontale et centrée sur la ligne de gravité. La détorsion apicale mécanique ne s’effectue qu’entre deux points fixes.
La détorsion géométrique est l’une des bases de la correction de la scoliose. L’expérience de Lewis Sayre illustre bien le buckling effet de la constitution de la scoliose avec correction en tirant verticalement sur l’axe en cuivre. Dans la méthode lyonnaise, cette correction est favorisée par l’effet du tube mayonnaise.
Le maintien de ces corrections s’effectue d’abord en statique, puis en dynamique en augmentant progressivement la situation de déséquilibre, tout en renforçant les structures de soutien.
La gravité est un élément fondamental de la biomécanique et de l’épigénétique. Si la prise de conscience s’effectue en position verticale, les 4 exercices suivants sont effectués en position allongée sur la table d’examen puis au sol en position quadrupédique comme le Klapp.
En position assise, le rachis est vertical et en équilibre isostatique dans le plan sagittal. L’assise sera modifiée, stable puis instable
Les exercices 9 à 12 sont réalisés en position debout instable. L’instabilité sera soit podale, soit pelvienne sur ballon suisse. Le rendorcement musculaire de l’exercice 12 sera réalisé dans toutes les positions, en chaine cinétique fermée puis ouverte.
Au fur et à mesure du traitement,il existe une progression temporelle qui constue habituellement la quatrième dimension. Après la prise de conscience de la déviation, la colonne est assouplie globalement. Puis les corrections sont réalisées de bas en haut de la charnière lombo-sacrée à la région thoracique. Le corset est alors réalisé si l’angulation dépasse 20° pour faciliter le maintien de la position corrigée. Cette position corrigée doit se maintenir en position instable, ce qui nécessite un renforcement spécifique de la musculature axiale.
En conclusion, les 12 exercices de base de la méthode lyonnaise, regroupent à eux seuls une majorité de composantes de la physiothérapie de la scoliose dans une progression logique. Tous les exercices sont réalisés en métabolisme aérobie avec faible résistance en sessions individuelles de 35 minutes + 5minutes d’école du dos. La répétition quotidienne d’un exercice à la maison pendant 10 minutes améliore l’efficacité épigénétique. Toutes les autres composantes épigénétiques sont également prises en compte: Hydratation et nutrition, Canalisation de la pratique du sport. Le patient doit prendre plaisir à l’exercice qui réalise une détente du corps et de l’esprit. Le réseau relationnel est facilité par le support online de la méthode lyonnaise.